Habitat
Festival Art Souterrain
d'art contemporain
du 15 mars au 6 avril 2025
Lieu d’exposition
Activités
Heather Cromwell, Betty Hartley #1, 2011*
avec la participation de : Mary MacLean (mère)
appliqué, cousu et matelassé à la machine
89 x 65,5 po.
Heather Cromwell, Underground Railroad Quilt Sampler, 2004
avec la participation de quatre générations : Taylor Cromwell (petite fille), Mary MacLean (mère), Robert Cromwell (fils)
assemblé, appliqué, cousu à la main
55 x 65.6 po.
Myla Borden, A Visit from Mamay, 2012*
appliqué, cousu et matelassé à la machine
93,5 x 85 po.
*Design : David Woods
Courtepointe, Installation
La fabrication de courtepointes devient une pratique essentielle pour nombreuses femmes de la diaspora africaine en Amérique du Nord. Fabriquées dans l’espace domestique à partir des retailles de tissus, elles servent d’abord à tenir au chaud la famille, puis deviennent rapidement des moyens d’expression, de transmission culturelle, voire de communication. Au 19e siècle, lors du plus important mouvement anti-esclavagiste dénommé « le chemin de fer clandestin », les courtepointes permettent d’ouvrir la voie vers la liberté en signalant un réseau de routes secret qui relie les plantations du Sud des États-Unis et le Canada. Selon la tradition orale et les recherches des historien·nes Jacqueline Tobin et Raymond G. Dobard, les courtepointes suspendues à l’extérieur des maisons indiquent un endroit sécuritaire et transmettent des messages codés à même les motifs tels que les dangers de la région ou l’emplacement des abris et des vivres. Parmi les esclaves qui survivent à cette dangereuse fuite vers le Nord, plusieurs s’installent en Nouvelle-Écosse où vivent des loyalistes noirs, des Marrons jamaïcains et leur descendance. Leur lutte contre la pauvreté et la ségrégation se poursuit une fois leur arrivée, laissant place à d’importants mouvements de regroupement et d’entraide.
En 2012, BANNS et les Vale Quilters (voir la biographie) présentent la première itération de l’exposition The Secret Codes: African Nova Scotian Quilts à Dalhousie University (Halifax). Commissariée par David Woods, celle-ci rassemble plus de 35 pièces qui témoignent de la variété des traditions et des fonctions de la courtepointe au sein des communautés noires de la Nouvelle-Écosse. L’exposition circule dans les provinces des Maritimes, puis à Toronto au Textile Museum of Canada jusqu’en 2024.
Tirées de ce corpus et présentées pour une toute première fois au Québec, deux courtepointes mettent de l’avant le quotidien rural des femmes dans les communautés noires néo-écossaises des années 1970. La troisième courtepointe à motifs s’inspire des codes secrets utilisés sur le chemin de fer clandestin.
Heather Cromwell vit à New Glasgow (Nouvelle-Écosse). Ses ancêtres font partie des loyalistes noirs qui se réfugient au Canada entre 1782 et 1784, après la révolution américaine. Enfant, elle observe sa mère et sa grand-mère fabriquer des courtepointes utilisées dans la famille ou offertes à des proches. Dans la trentaine, elle commence à en réaliser elle-même et rejoint, en 2004, la Northumberland Quilters Guild pour perfectionner ses compétences. D’abord intéressée par les motifs, elle se tourne ensuite vers la création de courtepointes narratives. Les deux pièces qu’elle présente, réalisées avec la participation de sa famille, illustrent ces deux approches différentes de la courtepointes.
Myla Borden, également basée à New Glasgow, a étudié l’enseignement. Ne pouvant exercer dans ce domaine faute d’emploi, elle amorce l’apprentissage de la fabrication de courtepointes, lui apportant du réconfort pendant cette période difficile. Elle acquiert les techniques de base grâce aux enseignements de sa tante, puis se perfectionne aux côtés d’autres femmes avec lesquelles elle aime se regrouper. Depuis les années 1990, cette pratique rythme sa vie quotidienne et devient un moyen d’expression et de guérison.
En 2007, Cromwell et Borden s’associent à plusieurs Afro-Néo-Écossaises de New Glasgow pour former les Vale Quilters, un groupe intéressé à explorer les traditions afro-nord-américaines des courtepointes et à promouvoir le patrimoine de la communauté noire du comté de Pictou où elles résident.
David Woods, originaire de Trinité-et-Tobago, vit à Dartmouth (Nouvelle-Écosse) depuis son adolescence. Artiste autodidacte, auteur et commissaire engagé, il fonde plusieurs organisations culturelles, dont le Black Artists’ Network of Nova Scotia (BANNS), en 1992. Cette organisation favorise la visibilité de l’art afro-néo-écossais en Nouvelle-Écosse et partout au Canada. Woods a reçu plusieurs prix dont le BBPA Harry Jerome (2016) qui récompense l’excellence dans les communautés noires canadiennes. Depuis près de 20 ans, il crée des designs de courtepointes à partir de croquis réalisés dans les années 1970 lors de ses visites dans les communautés noires de la province. Ces courtepointes, inspirées de ses dessins, deviennent emblématiques des Vale Quilters avec lesquelles il collabore.

